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Antilles : le plan chlordécone d'indemnisation présenté aux pêcheurs

Six ans après les premières mesures d’interdiction de pêche visant à lutter contre la pollution au chlordécone (insecticide utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993), le plan d’indemnisation a été présenté aux marins de Guadeloupe et Martinique. Les pêcheurs d’au moins 50 ans ou avec au moins 25 annuités Énim bénéficieront d’une aide plafonnée à 30 000 euros s’ils quittent le métier.

Une catastrophe écologique qui prend la dimension d'un désastre économique aux Antilles françaises

L’aide sociale allouée aux marins de Guadeloupe et Martinique touchés par cette pollution dans le cadre du plan chlordécone III (2014-2018) est détaillée dans la circulaire du 3 décembre. Les marins d’au moins 50 ans ou avec au moins 25 annuités Énim bénéficieront d’une aide plafonnée à 30 000 euros s’ils quittent le métier.

En Guadeloupe, l’État mobilise 1,74 million d’euros pour indemniser 58 professionnels, sur un total de 164 pêcheurs. Le conseil régional ajoute 1,19 million d’euros pour ceux ne répondant pas aux critères, qui percevront 15 000 euros ou 10 000 euros.

En Martinique, l’État accorde 1,5 million d’euros. « Mathématiquement, cela ne permet d’indemniser que 50 pêcheurs, déplore Olivier Marie-Reine, président du comité martiniquais. Or 506 ont été recensés. »

En Guadeloupe, l’État et les collectivités locales s’engagent aussi à hauteur de 8,3 millions d’euros pour cinq ans pour créer dès janvier des « brigades bleues », chargées de surveiller les zones d’interdiction de pêche. Elles seront composées des marins indemnisés pour cesser la pêche. Ce dispositif rencontre un accueil sceptique. Toujours en Guadeloupe, un fonds d’investissement dédié au financement de navires de pêche pourrait être créé avec le concours du Crédit maritime. Bien doté (3 millions d’euros selon des sources concordantes), il ferait appel à des contributeurs privés. Enfin, les pêcheurs de Guadeloupe et Martinique souhaitant se diversifier ou se reconvertir pourront bénéficier des aides européennes (Feamp) : 1,8 million d’euros sont mobilisables d’ici à 2020.

Après avoir pollué les sols, ce pesticide poursuit ses dégâts en mer

Le chlordécone est un perturbateur endocrinien avéré, un neurotoxique classé cancérogène possible en 1979. Le littoral est l'ultime territoire contaminé : la molécule est arrivée progressivement dans l'eau des rivières. Au fur et à mesure de la contamination, il a fallu stopper des élevages de ouassous – la crevette bleue chouchou de la cuisine caribéenne –, et la pêche en eau douce. Il a fallu cesser de consommer le crabe de la mangrove et les poissons d'estuaire.

Pour Yves-Marie Cabidoche, de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), la molécule, selon la nature du sol, pourra y persister de soixante ans à sept siècles… Nul aujourd'hui n'est capable de dépolluer un sol chlordéconé.

Un point positif néanmoins dans ce sombre tableau : l'Union des groupements de producteurs de bananes, qui fédère les 800 planteurs des deux îles, assure avoir réduit de 60% en dix ans sa consommation de pesticides. Les planteurs ont adopté la rotation des cultures, alternant la canne ou l'ananas avec la banane, afin de « défatiguer » la terre et de faire disparaître les parasites, des pièges à charançons ont par ailleurs été adoptés à base de phéromones. Résultat: les produits chimiques les plus dangereux ont quasiment disparu.

Source : Le Marin / Le Monde